Publié en décembre 2025 (lien de téléchargement en bas de page), le premier panorama national des fonds de dotation réalisé par l’Inspection générale de l’administration offre une photographie inédite de ces structures philanthropiques. Nombre de fonds, montants financiers, répartition territoriale, secteurs d’intervention et enjeux de contrôle : retour sur les principaux enseignements de cette étude de référence.
Panorama 2025 des fonds de dotation : chiffres clés, répartition territoriale et enseignements du premier recensement national
Introduction
Créés par la loi du 4 août 2008 de modernisation de l’économie, les fonds de dotation se sont progressivement imposés comme un acteur majeur du mécénat et de la philanthropie en France.
Pendant de nombreuses années, les données disponibles sur ces structures sont restées fragmentaires. Si plusieurs organismes spécialisés publiaient régulièrement des analyses sectorielles, aucun recensement national exhaustif n’avait été réalisé par l’administration.
Cette situation a évolué en 2025 avec la publication par l’Inspection générale de l’administration (IGA) d’un document intitulé « Panorama des fonds de dotation ». Quinze ans après la création de ce statut, l’IGA a procédé à une enquête auprès de l’ensemble des préfectures afin de dresser une photographie nationale du secteur.
Ce travail constitue le premier recensement exhaustif des fonds de dotation enregistrés en France. Il permet notamment d’évaluer leur nombre, leur dynamique de création, leur répartition géographique, leurs secteurs d’intervention ainsi que les montants financiers qu’ils concentrent.
L’étude met en évidence la place désormais occupée par les fonds de dotation dans le paysage philanthropique français. Elle confirme également l’existence d’importantes disparités territoriales et souligne les enjeux de transparence et de contrôle qui accompagnent le développement rapide de cette forme juridique.
Les principaux chiffres du panorama 2025
Le recensement réalisé par l’Inspection générale de l’administration permet d’établir plusieurs constats majeurs.
Au 31 décembre 2024, la France compte :
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Nombre total de fonds de dotation | 4 628 |
| Fonds estimés en activité | 2 800 à 3 200 |
| Fonds estimés inactifs ou dormants | 1 400 à 1 800 |
| Créations estimées en 2024 | Environ 1 par jour |
| Dotations cumulées estimées | 4 à 7 milliards d’euros |
| Part des fonds autorisés à faire appel à la générosité publique | 12 % |
| Part des fonds implantés à Paris | 30 % |
| Part des fonds situés en Île-de-France | 43 % |
Ces chiffres illustrent l’ampleur prise par ce dispositif depuis son apparition en 2008.
Une croissance exceptionnelle depuis la création du statut
Un outil conçu pour soutenir durablement l’intérêt général
L’origine des fonds de dotation est directement liée à la volonté de créer un instrument juridique permettant de capitaliser durablement des ressources destinées à financer des missions d’intérêt général.
Le rapport rappelle que ce besoin est apparu lors de la préparation de l’accord conclu entre la France et les Émirats arabes unis pour la création du Louvre Abu Dhabi. L’objectif était notamment de permettre au musée du Louvre de gérer sur le long terme les ressources issues de cet accord.
La loi du 4 août 2008 a ainsi créé une nouvelle catégorie d’organisme à but non lucratif bénéficiant d’un régime juridique particulièrement souple.
La structure la plus dynamique du mécénat
Selon l’IGA, aucun autre véhicule philanthropique n’a connu une croissance comparable.
Le nombre de fonds de dotation a été multiplié par dix depuis 2010.
Parallèlement :
- le nombre de fondations reconnues d’utilité publique demeure relativement stable ;
- les fondations d’entreprise progressent plus lentement ;
- les fondations abritées poursuivent leur développement mais à un rythme inférieur.
Le fonds de dotation apparaît ainsi comme la structure la plus dynamique du secteur du mécénat.
Une création quasiment quotidienne
L’un des constats les plus marquants du rapport concerne le rythme de création.
L’IGA estime qu’en 2024 un fonds de dotation a été créé chaque jour.
Cette dynamique témoigne de l’attractivité du dispositif auprès :
- des particuliers souhaitant structurer une démarche philanthropique ;
- des entreprises ;
- des associations ;
- des fondations préexistantes ;
- de certaines institutions culturelles.
Combien de fonds de dotation sont réellement actifs ?
L’étude apporte également un éclairage intéressant sur l’écart entre le nombre de structures enregistrées et le nombre de structures réellement actives.
4 628 fonds enregistrés
Au 31 décembre 2024, les préfectures recensent précisément 4 628 fonds de dotation.
Ce chiffre confirme les estimations précédemment avancées par la Cour des comptes et les organismes spécialisés dans l’observation de la philanthropie.
Une proportion importante de fonds dormants
L’IGA estime toutefois que l’ensemble des fonds recensés ne sont pas réellement opérationnels.
Entre 1 400 et 1 800 fonds seraient inactifs.
Cette estimation représente entre 30 % et 40 % du total des structures enregistrées.
À l’inverse, seuls 2 800 à 3 200 fonds seraient effectivement en activité.
Les raisons de cette inactivité
Le rapport évoque plusieurs situations :
- projets abandonnés après la création ;
- fonds constitués sans véritable activité opérationnelle ;
- structures créées pour des objectifs finalement non poursuivis ;
- fonds dont les ressources demeurent inutilisées.
Cette proportion importante de fonds dormants constitue l’un des enseignements majeurs du panorama national.
Des montants financiers considérables
Une première estimation nationale
L’un des apports les plus importants du rapport réside dans l’évaluation des actifs détenus par les fonds de dotation.
Jusqu’à présent, aucune consolidation nationale n’existait.
L’exercice demeure toutefois complexe en raison de la qualité hétérogène des données disponibles.
Une méthodologie prudente
L’IGA souligne plusieurs difficultés :
- 36 % des montants de dotation ne sont pas renseignés ;
- 36 % des fonds affichent exactement 15 000 euros de dotation, correspondant au minimum légal ;
- les informations détenues par les préfectures sont souvent incomplètes.
Face à ces limites, l’Inspection a procédé à plusieurs extrapolations statistiques.
Entre 4 et 7 milliards d’euros de dotations
L’estimation finale conduit à situer le montant cumulé des dotations entre 4 et 7 milliards d’euros.
Ce chiffre donne une idée de l’importance économique atteinte par le secteur.
Selon le rapport, les fonds de dotation concentreraient désormais entre 10 % et 17 % des actifs du mécénat français.
Les fonds les plus fortement dotés
L’enquête met en évidence une forte concentration des ressources.
Moins de 500 fonds disposent de plus de 100 000 euros
Parmi les 4 628 fonds recensés :
- 442 disposent d’une dotation supérieure ou égale à 100 000 euros ;
- 412 possèdent une dotation comprise entre 15 001 et 99 999 euros.
Les autres présentent des montants inférieurs ou égaux à 15 000 euros ou des données non actualisées.
Les fonds supérieurs à un million d’euros
Le rapport recense :
- 152 fonds dotés de plus d’un million d’euros ;
- 20 fonds dotés de plus de 10 millions d’euros.
Les deux tiers de ces fonds fortement dotés sont situés à Paris.
Quelques exemples emblématiques
Parmi les fonds recensés figurent notamment :
- Fonds de dotation du Musée du Louvre ;
- Fonds Marc Ladreit de Lacharrière ;
- Nunc ;
- Fonds pour une presse indépendante ;
- Fonds Jonas Netter ;
- Pro Asia.
Ces structures illustrent la capacité de certains fonds à mobiliser des ressources particulièrement importantes.
Les fonds de dotation font peu appel à la générosité publique
Un régime spécifique
Contrairement à de nombreux organismes sans but lucratif, les fonds de dotation sont soumis à un régime d’autorisation préalable lorsqu’ils souhaitent faire appel à la générosité du public.
Cette procédure relève du préfet.
Une utilisation marginale
L’IGA constate que seulement 12 % des fonds disposent d’une telle autorisation.
La grande majorité des structures fonctionne donc sans recourir directement aux campagnes de collecte auprès du grand public.
Une concentration parisienne
Parmi les fonds autorisés :
- 41 % sont implantés à Paris.
La capitale demeure donc le principal centre de collecte organisée dans le secteur.
Une logique cohérente avec le modèle économique initial
Le rapport rappelle que les fonds de dotation ont été conçus à l’origine comme des structures financées principalement par leur dotation et les revenus qu’elle génère.
Le recours limité à la générosité publique apparaît donc cohérent avec cette philosophie initiale.
Une concentration géographique très marquée
Une présence sur presque tout le territoire
Les fonds de dotation sont présents dans 99 départements sur 101.
Seuls les Ardennes et Mayotte ne comptent aucun fonds recensé.
Paris concentre près d’un tiers des fonds
La concentration parisienne constitue l’un des constats les plus frappants du panorama.
Avec 1 382 fonds recensés, Paris représente à lui seul près de 30 % du total national.
Aucun autre département n’approche ce niveau.
Les principaux départements
Après Paris, les départements les plus représentés sont :
- Rhône : 272 fonds ;
- Hauts-de-Seine : 237 ;
- Bouches-du-Rhône : 226 ;
- Gironde : 125 ;
- Hérault : 98 ;
- Seine-Saint-Denis : 97 ;
- Loire-Atlantique : 89 ;
- Yvelines : 88 ;
- Nord : 86 ;
- Alpes-Maritimes : 76.
Une forte dispersion ailleurs
À l’inverse :
- près de 80 % des départements comptent moins de 50 fonds ;
- près d’un tiers en comptent moins de 10.
Cette disparité territoriale est particulièrement marquée.
Une répartition proche de celle des fondations reconnues d’utilité publique
L’étude met en évidence une forte similarité entre la géographie des fonds de dotation et celle des fondations reconnues d’utilité publique.
Les territoires historiquement les plus engagés dans le mécénat demeurent les plus représentés :
- Paris ;
- Rhône ;
- Hauts-de-Seine ;
- Bouches-du-Rhône ;
- Yvelines ;
- Nord.
L’IGA observe que les métropoles et les territoires disposant des ressources économiques les plus importantes concentrent également le plus grand nombre de fonds de dotation.
L’Île-de-France domine largement le paysage national
43 % des fonds dans une seule région
Au niveau régional, l’Île-de-France rassemble 1 981 fonds de dotation, soit 43 % du total national.
Elle est suivie par :
- Auvergne-Rhône-Alpes : 602 ;
- Provence-Alpes-Côte d’Azur : 409 ;
- Nouvelle-Aquitaine : 324 ;
- Occitanie : 292.
Le rôle des chefs-lieux de région
L’IGA constate également que 54 % des fonds de dotation sont implantés dans les départements chefs-lieux de région.
Cette concentration souligne le rôle structurant des grandes métropoles régionales dans le développement de la philanthropie organisée.
Les territoires ultramarins
Les départements d’outre-mer comptent ensemble seulement 66 fonds :
- La Réunion : 28 ;
- Guadeloupe : 25 ;
- Martinique : 10 ;
- Guyane : 3 ;
- Mayotte : 0.
Quels sont les secteurs d’intervention des fonds de dotation ?
L’action sociale domine largement
L’analyse des objets sociaux réalisée par l’IGA montre une forte prédominance de l’action sociale.
Sur les 4 628 fonds recensés :
- 1 284 poursuivent une finalité sociale ;
- soit 28 % du total.
L’action sociale constitue donc le premier secteur d’intervention.
Les autres domaines représentés
La répartition nationale est la suivante :
| Secteur | Nombre |
| Action sociale | 1 284 |
| Familial ou culturel | 647 |
| Éducatif | 532 |
| Environnement | 498 |
| Scientifique | 353 |
| Humanitaire | 341 |
| Philanthropique | 340 |
| Patrimoine artistique | 302 |
| Sportif | 188 |
| Francophonie et diffusion culturelle française | 113 |
L’essor des enjeux environnementaux
Les fonds environnementaux représentent plus de 10 % des structures recensées.
Cette présence importante illustre l’émergence de nouvelles préoccupations philanthropiques au cours des dernières décennies.
Des spécialisations territoriales
Le rapport souligne plusieurs particularités départementales.
Paris
Paris concentre :
- plus de fonds culturels que l’ensemble des autres départements réunis ;
- 46 % des fonds scientifiques ;
- 40 % des fonds éducatifs.
Hauts-de-Seine
Ce département accueille une part importante :
- des fonds consacrés au patrimoine artistique ;
- des fonds à vocation philanthropique.
Seine-Saint-Denis
Les fonds à vocation sociale et humanitaire y sont proportionnellement plus nombreux que dans la moyenne nationale.
Nord
La majorité des fonds recensés poursuivent des objectifs sociaux.
Pourquoi les fonds de dotation connaissent-ils un tel succès ?
Le panorama permet d’identifier plusieurs facteurs explicatifs.
Une création simplifiée
La création d’un fonds de dotation repose sur une simple déclaration en préfecture.
Cette procédure est beaucoup plus légère que celle applicable aux fondations reconnues d’utilité publique.
Une dotation minimale accessible
Depuis 2015, la dotation minimale exigée est fixée à 15 000 euros.
Ce seuil demeure très inférieur aux montants généralement requis pour la constitution d’une fondation reconnue d’utilité publique.
Une grande liberté statutaire
Les fondateurs disposent d’une importante marge de manœuvre pour organiser :
- la gouvernance ;
- les règles de fonctionnement ;
- la stratégie philanthropique.
Un régime fiscal attractif
Les fonds de dotation peuvent bénéficier du régime du mécénat prévu par le code général des impôts.
Les dons ouvrent ainsi droit aux réductions fiscales applicables aux particuliers et aux entreprises sous réserve du respect des conditions légales.
Des obligations de transparence renforcées
La souplesse du dispositif s’accompagne néanmoins d’obligations importantes.
Chaque année, le fonds doit transmettre :
- un rapport d’activité ;
- ses comptes annuels ;
- le rapport du commissaire aux comptes lorsque les seuils sont atteints ;
- les documents relatifs aux dons collectés ;
- les informations relatives aux ressources étrangères lorsqu’elles existent.
Depuis la loi du 24 août 2021, les organismes émettant des reçus fiscaux doivent également effectuer des déclarations spécifiques auprès de l’administration fiscale.
Le contrôle exercé par l’administration
Le rapport rappelle que le contrôle des fonds de dotation relève du préfet.
Celui-ci peut :
- demander tout document utile ;
- procéder à des investigations ;
- mettre en demeure le fonds ;
- suspendre son activité ;
- saisir l’autorité judiciaire en vue d’une dissolution.
Ces pouvoirs ont été renforcés au fil des évolutions législatives.
Conclusion
Quinze ans après leur création, les fonds de dotation occupent désormais une place centrale dans le paysage du mécénat français.
Le panorama publié en 2025 par l’Inspection générale de l’administration constitue la première photographie exhaustive du secteur. Il met en évidence l’existence de 4 628 fonds de dotation, dont environ 3 000 seraient effectivement actifs.
L’étude confirme également la forte attractivité de cette forme juridique, devenue la structure la plus dynamique du mécénat en France. Avec un rythme de création proche d’un fonds par jour et des dotations cumulées estimées entre 4 et 7 milliards d’euros, les fonds de dotation représentent désormais un acteur majeur du financement de l’intérêt général.
Le rapport révèle toutefois plusieurs caractéristiques structurantes : une concentration géographique très forte autour de Paris et des grandes métropoles, une prédominance des actions sociales, ainsi qu’un nombre significatif de structures inactives.
Enfin, la progression continue du secteur conduit naturellement à renforcer les enjeux de transparence, de contrôle et de bonne gouvernance. Ces questions devraient occuper une place croissante dans l’évolution future du régime juridique des fonds de dotation.
FAQ
Combien existe-t-il de fonds de dotation en France en 2025 ?
Le panorama national de l’Inspection générale de l’administration recense 4 628 fonds de dotation au 31 décembre 2024.
Combien de fonds de dotation sont réellement actifs ?
L’IGA estime que 2 800 à 3 200 fonds sont réellement en activité, tandis que 1 400 à 1 800 seraient inactifs ou dormants.
Quel est le montant total des dotations des fonds de dotation ?
Le montant cumulé des dotations est estimé entre 4 et 7 milliards d’euros.
Quel département compte le plus de fonds de dotation ?
Paris arrive très largement en tête avec 1 382 fonds recensés, soit près de 30 % du total national.
Quel est le principal domaine d’intervention des fonds de dotation ?
L’action sociale constitue le premier secteur d’intervention avec 1 284 fonds, soit 28 % du total.
Pour télécharge le panorama complet :